Les acteurs de l'ombre

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Eths - III

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Il y a 5 ans, Eths mettait au monde une monstruosité polycéphale répondant au doux nom de Tératologie. Mêlée de génie et de furie, cette étonnante créature était de loin la plus aboutie que le groupe avait jamais réussi à concevoir. Après un tel chef d’œuvre et une telle attente, III, sorti en avril dernier chez Season Of Mist, se présente donc comme un véritable défi pour le combo marseillais.

Pour ouvrir le bal, Eths utilisait volontiers des morceaux de la trempe de Méléna ou de Bulimiarexia. Notez  l’emploi de l’imparfait car Voragine ne permet plus l’usage du présent. Malgré quelques growls irréprochables, on a affaire à une chanson plutôt calme, étrangement jolie mais manquant un peu de corps pour véritablement charmer l’auditeur. Bien trop chétive est également Proserpina avec ses effets électroniques qui, malgré leur relative discrétion, jurent totalement avec l’ensemble du titre et vous écorchent les oreilles pendant de  longues secondes. L’honneur est cependant sauvé par la frappe cinglante du batteur qui étoffe un peu la frêle épouse du dieu des Enfers.
Que l’affamé se rassure, il pourra se repaître de la brutalité animale à laquelle Harmaguedon laisse cours entre deux dérangeants murmures. Aux sanguins insatiables, aux carnivores de tout poil, on prescrira ensuite le jouissif Inanis Venter où Candice dégueule littéralement ses couplets et dans lequel le couple formé par le chant clair et les growls nous révèle toute sa fertile beauté. Dans le registre de la venimeuse animosité, Sidus, servi par le duo guitare/batterie redoutablement efficace, nous fait vivre 4 minutes d’angoisse rappelant un peu la période Sôma, l’austère solennité des chœurs en plus.
Un trio extrêmement satisfaisant, certes, mais dont l’impact s’efface derrière le rayonnement mystique de la perle de l’album : Adonaï. Ecartelé entre l’extase de la dévotion et le désespoir de l’abandon, il envoûte les sens et secoue l’esprit grâce à sa construction parfaitement équilibrée, son refrain lancinant qui s’imprime longuement dans la mémoire, la formidable performance de Candice et de superbes paroles.
Malheureusement, l’intensité fanatique d’Adonaï  se dissout aussitôt dans la fadeur de Gravis Venter. Dénué du chagrin poignant d’Ailleurs C’est Ici ou de l’esthétique lassitude de Liquide Ephémère, ce morceau ne possède rien pour s’imposer au milieu des titres qui l’encadrent.  Le chant clair de Candice y est débarrassé de toute la perversion enfantine qui fait son intérêt et qui aurait été une solution pour en donner à cette terne chanson. Les violons provoqueront peut-être chez les plus optimistes une vague analogie, un relent éventé d’Animaexhalare, rien de plus. L’absence d’aboutissement n’est pas l’apanage d’Inanis Venter et Praedator tente lui aussi de poser une ambiance sans parvenir à rien. Des nappes électroniques quelconques et d’un piano peu inspiré résulte ce morceau sans couleur, sans saveur, sans odeur, sans intérêt.
Bien que d’un niveau supérieur aux 2 morceaux précédents, Hercolubus manque lui aussi sa cible, de peu. Les hurlements qui se dédoublaient, qui se démultipliaient, laissaient présager le meilleur mais l’enchaînement des différents mouvements de ce riche morceau manque de fluidité au point que le dernier refrain au chant clair donne l’impression d’une greffe sonore par trop artificielle. La structure d’Hercolubus est très intéressante mais se perd dans les méandres de sa propre anatomie, dommage.
L’opus s’achève sur Anatemnein,  monocorde, lugubrement rythmé par un piano pesant, une petite réminiscence d’Hydracombustio. La prime efficacité est incontestable, mais un refrain malingre évacue avec maladresse la tension installée par les couplets, si bien que l’étau d’Anatamein se desserre irrévocablement et finit par laisser échapper notre attention.

III ne nous happe pas dans une étreinte contre-nature, sauvage et savoureuse, comme avait su le faire Tératologie. Les Marseillais sont sortis des salles d’autopsie crasseuses et des hôpitaux désaffectés pour aller fouler d’autres chemins. Ayant sans doute atteint le paroxysme de sa propre violence 5 ans plus tôt, Eths a choisi d’arpenter une voie plus précieuse et plus accessible. Le groupe réussit à proposer des morceaux dans ce style viscéral dont on se délecte depuis des années tout en innovant sur d’autres. Parfois avec succès, parfois non. III est un album de bonne facture, varié, mais qui ne peut rivaliser avec la cohérence et le charisme de son prédécesseur. Les curieux pourront aller jeter une oreille sur la version anglaise de l’album, apparemment enregistrée pour faciliter l’exportation de la formation. A mon humble avis, il existe une puissante alchimie entre la musique d’Eths et la langue française qu’on ne retrouve pas avec l’anglais, mais peut-être que celui-ci passera mieux auprès des auditeurs étrangers.

Tracklist :
1. Voragine
2. Harmaguedon
3. Adonaï
4. Gravis Venter
5. Inanis Venter
6. Sidus
7. Proserpina
8. Hercolubus
9. Praedator
10. Anatemnein

Line-up :
Damien - Basse     
Greg - Guitare     
Candice - Chant     
Guillaume - Batterie     
Staif - Chant, Guitare

Site : http://www.eths.net/
Myspace : http://www.myspace.com/eths

 

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