Les acteurs de l'ombre

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Arkan, entretien avec Samir Remila

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Arkan, groupe original français transporté par la sublime Sarah vient tout juste de sortir son deuxième opus « Salam ». Le groupe se définit comme du « Oriental Death Metal » mêlant consonances maghrébines et guitares lourdes. Arkan coût la bouche des détracteurs du métal en montrant que la musique n’a pas de frontières.


Tout D'abord bonjour et merci de répondre à mes quelques questions.
- Arkan a été fondé en 2005. Pouvez-vous revenir brièvement sur les débuts du groupe pour ceux qui ne vous connaîtraient pas encore ?


ARKAN est né en 2005 sous l’impulsion de Foued, ancien batteur de The Old Dead Tree. Foued  voulait créer un groupe alliant le Metal et la musique orientale. Pour cela, il s’est entouré de musiciens qui avaient la même passion et aspiraient aux mêmes objectifs. Florent, Mus et moi-même avons intégré le groupe durant l'été 2005, et Sarah est venue ensuite renforcer les rangs d’ARKAN.
En 2006, nous avons réalisé notre premier EP « Burning Flesh ». Par la suite nous nous sommes attelés à la composition de notre premier album intitulé « Hilal ». Celui-ci a été enregistré en 2008 au Studio Fredman sous la houlette de Fredrik Nordstrom.
Afin de promouvoir cet album, nous avons effectué plusieurs tournées (traversant notamment la France, la Suisse, la Hollande et la Tunisie) dont deux avec Septicflesh et Orphaned Land.
Notre collaboration avec Fredrik s'étant tellement bien déroulée que nous avons voulu réitérer l’expérience dans le cadre notre deuxième opus, « Salam », qui vient tout juste de sortir.

- Depuis votre précédent album, Abder a dû quitter le groupe. Florent Jannier est maintenant chanteur guitariste rythmique et Sarah Layssac a intégré totalement le groupe au chant. Comment s’est fait ce changement de line-up ? Qu’apporte-t-il pour vous ?

Le départ d’Abder du groupe fût une décision personnelle, que nous respectons. Nous avons vécu une formidable aventure avec lui, mais, la vie nous fait prendre des chemins différents. En tout cas nous lui souhaitons de trouver sa voie.
Ce départ a suscité pas mal de changements techniques en ce qui concerne notamment la reproduction des parties guitares sur scène. Mais cela n’a jamais compromis ou remis en question le futur d’Arkan. Florent, étant lui-même guitariste, a repris l'intégralité des lignes de guitare autrefois jouées par Abder.
Concernant Sarah, elle intervenait déjà sur Hilal mais sur des parties plutôt atmosphériques. Puis avec le départ d’Abder lors de la phase finale de l’enregistrement de “Salam”, les choses se sont accélérées. Sarah devait remplacer au pied levé toutes les parties déjà enregistrées et elle l’a fait avec talent. De par son inspiration et sa maitrise technique, Sarah s’est naturellement fondue dans la composition de ce dernier opus. Nous voulions d’une part réitérer l’aventure humaine du premier album mais surtout la développer pour en faire un élément aussi central que le oud, la guitare ou la batterie. Les parties de chant d’Abder étaient d’un niveau technique et émotionnel à couper le souffle, celles de Sarah les surpassent incroyablement. Sarah a su relever ce défi en y ajoutant l’émotion que lui inspirent ses origines.

- Le premier album intitulé «Hilal » est sorti en 2008. Quels sont les retours que vous avez eus pour cet album?

Hilal a été chroniqué par de très nombreux webzines aux quatre coins du monde et les retours ont tous été très bons. Il est toujours agréable de constater que notre musique plait à des gens de divers horizons malgré le caractère typé et particulier de nos compositions.
Par ailleurs, à chaque date effectuée lors de nos différents déplacements, nous avons reçu un accueil très chaleureux d'un public ouvert d’esprit et très réceptif à notre musique.

- Votre dernier album « Salam » vient de sortir le 18 avril dernier chez Season Of Mist. Pouvez-vous nous le décrire avec vos propres mots ?

« Salam » est le reflet de l'évolution artistique du groupe amorcée par « Burning Flesh » puis par « Hilal ». Cet album est donc plus mélodique et une place plus importante a été accordée aux ambiances et harmonies orientales. Arkan n'a jamais voulu faire deux albums/EP identiques. Les compositions de nos réalisations sont différentes mais suivent le même fil conducteur.

- Quels échos avez-vous eu sur le disque jusqu’à maintenant ? Avez-vous eu des retours de la presse ?

Salam a été chroniqué lui aussi dans de nombreux magazines et webzines. Celui-ci a été très bien accueilli, encore mieux que Hilal qui avait déjà engendré un vraiment enthousiasme. Le côté oriental plus prononcé a visiblement séduit encore plus de monde.
Par ailleurs, nous recevons régulièrement de nombreux messages de félicitation et d'encouragement de la part de fans basés partout dans le monde et je dois t'avouer que cela fait vraiment chaud au coeur.
Enfin, nous avons joué plusieurs morceaux de Salam lors de nos deux dernières dates parisiennes que ce soit avec Paradise Lost ou en tête d'affiche et le public a très bien répondu.

- Salam veut dire Paix en arabe,  pourquoi ce nom d’album ?

Comme pour Hilal nous voulions adopter un titre simple, percutant et ayant du sens. Compte tenu du concept développé tout au long de cet album, le titre « Salam », signifiant paix, nous a paru comme une évidence. En ces temps de tensions géopolitiques, c'est un terme qui plus que jamais a une portée intemporelle et universelle : en hébreu son équivalent est « Shalom » et en grec ancien « Salem ». Ce message universaliste est cher au groupe qui croit en un socle de valeur commune qui lie les peuples et qui perçoit toute différence comme une richesse.

- Quels sont les thématiques abordées dans les textes?  Pouvez-vous nous en dire plus sur les paroles ?

Nous avons été inspiré de l’actualité qui nous entoure, les conflits géopolitiques et la mésentente entre les peuples qui pourtant sont supposés êtres frères.
Notre tournée effectuée en 2010 avec Orphaned Land et Suidakra dans le cadre du « Tour Against Racism », nous a conforté dans le choix du thème de « Salam ». Nous restons persuadés que malgré toutes nos différences, nous pouvons cohabiter harmonieusement sur cette planète sans s’entretuer pour le moindre prétexte.

- L’artwork  a une nouvelle fois été réalisée par Evil Campbell. Pensez-vous qu’il illustre bien la musique de l'album? Que représente-il?

Salam, qui signifie « Paix » en arabe est représenté par la parabole du fruit défendu. Eve et le serpent sont ici représentés comme une personnification de la paix et de ses démons. En une phrase on peut dire que la paix est aussi belle qu’elle est fragile.
Nous avons donné carte blanche à Evilcampbell pour sa réalisation. Nous lui avons décrit le concept de l’album et c’est pendant notre session studio en Suède qu’il nous a fait parvenir ses premières propositions. Tant sur le plan de la symbolique que sur le résultat esthétique, nous sommes très fiers de cette nouvelle collaboration avec lui qui était déjà à l’origine de l’artwork de Hilal.

- Combien de temps vous a-t-il pris de composer cet album ?

Nous avons attaqué sérieusement la composition de Salam dès notre retour de la tournée avec Orphaned Land en mai 2010, pour l’enregistrer au mois de novembre en Suède. Nous nous retrouvions pratiquement tous les jours pour composer cet album et notre degré d’exigence nous a fait bosser comme des malades. En résumé, ce fût 6 mois de travail intensif.

- Comment se passe le travail de composition chez Arkan?

Les bases mélodiques et rythmiques sont composées par Mus et Foued. Une fois la première trame établie, nous participons tous à l’élaboration de la structure des morceaux. Chaque musicien apporte sa touche en composant plus précisément ses parties. A la fin de cette étape, nous nous réunissons pour finaliser les morceaux lors de la phase d'arrangement.
Bien évidemment, il se peut que lors de l’enregistrement, et cela a déjà été le cas, des titres changent, et nous nous retrouvons à recomposer des parties entières. Tant qu’un titre n’est pas dans la boite, celui-ci peut changer et évoluer indéfiniment.

- Ce deuxième album est particulièrement mélodique et sonne plus acoustique que le premier avec une place très importante accordée aux ambiances et harmonies orientales. Pourquoi cette orientation ?

La manière dont on a composé « Salam » a été différente de celle de « Hilal ». « Hilal » est un album Metal avec de la musique orientale. Le but de cet album est de mêler au Metal de la musique du Maghreb. Nos compositions étaient donc essentiellement Metal. Les apparitions de la musique orientale se font d’ailleurs de manière distincte par rapport aux parties Metal.
Dans le cas de « Salam » c’est l’inverse. On a commencé par composer les lignes orientales que nous avons suivi comme un fil conducteur à la composition et c’est avec cette base mélodique que nous avons traduit les différentes ambiances. Les parties agressives répondent aux parties mélodiques et le Metal n’est plus un fin en soi, c’est un instrument de communication.
Cet album est donc plus mélodique et une place plus importante a été accordée aux ambiances et harmonies orientales.

- Vous avez comme pour le précédent fait appel à Fredrik Nordtröm (Opeth, Septic Flesh, Dimmu Borgir) au Studio Fredman. Pour quel raison avez-vous opté pour ce studio?

Lorsque nous avons composé Hilal, les parties Metal étaient inspirées par une musique suédoise moderne et puissante. En terme de son, il ne pouvait y avoir qu’un ou deux studios à la hauteur de nos exigences dont le studio Fredman. Puis à l’issue de notre collaboration sur «Hilal », nous avons gardé des contacts avec Fredrik. Lorsque la phase de composition de «Salam » s’est terminée, nous étions sûrs de retravailler avec Fredrik pour deux raisons : d’une part parce qu’humainement nous avions adoré ce personnage décalé, et d’autre part parce que nous avions une forte exigence en terme de son et que nous ne voulions pas nous risquer dans un studio que nous ne connaissions pas. Fredrik savait ce qu’il nous fallait et nous lui avons fait confiance pour nous laisser guider vers le son le plus adapté.

- Comment se sont passés pour vous les enregistrements ? Y a-t-il eu des difficultés particulières ?

L'ambiance était très studieuse car on avait un délai très court pour enregistrer. On s'était préparé depuis déjà quelques mois en bossant en conditions réelles. On connaissait également Fredrik Nordström puisqu'on avait déjà travaillé avec lui. On ne partait pas à l'aventure et on savait comment il fallait bosser avec lui. On a donc travaillé comme des acharnés avec quasiment aucun temps-mort. Il fallait être très rapide compte tenu de la masse de prises différentes à effectuer en un temps très limité. Tout fut dans la boite après une semaine et demie de prises et 4 jours de mixage.

- Êtes-vous satisfaits du travail et surtout du résultat ?

Oui, nous sommes très satisfaits de nos réalisations. Chaque album répond à un objectif différent. « Hilal » avait pour but de montrer ce dont était capable Arkan. Personne ne nous attendait à cette époque et fallait alors attirer l'attention tant sur nos qualités de compositeurs que d'interprètes. En cela, « Hilal » a pleinement joué son rôle puisqu'il nous a permis de signer chez Season of Mist et a reçu un très bon accueil dans la presse si l'on en juge par les nombreuses chroniques parues à l'époque.

Concernant Salam, il est encore trop tôt pour avoir du recul sur cet album puisqu'il n'est sorti que depuis 1 mois et demi. Dans tous les cas, nous sommes très fier de cet album qui représente pour Arkan une nouvelle étape et un nouvel échelon gravi.
Par ailleurs, les premiers échos dans la presse sont très bons et surpassent même ceux d'Hilal.

- Un guest apparait en la personne de Kobi Fahri (Orphaned Land) sur le morceau «Deus Vult ». Comment s’est-il retrouvé là et comment s’est réalisé l’enregistrement ?

Lorsque notre premier album a vu le jour, nous avons été mis en contact par le biais de leur fan club qui voyait en Arkan un relais du message véhiculé à l’époque par Orphaned Land. Nous nous sommes contactés et très vite le souhait de tourner ensemble s’est concrétisé. A l’issue de cette tournée, nous avons pris date pour un featuring sur l’album. Le morceau «Deus Vult » a alors été composé pour l’occasion. Il signifie en latin « Dieu le Veut », et c’était une expression scandée par les croisés lors de la prise de Jérusalem. En arabe cette expression est usuelle et est également forte de sens : « Inch Allah ». L’intervention de Kobi, tant en hébreux qu’en arabe sur un titre aussi symbolique est autant fort de sens que sublime musicalement. Il s’est approprié l’esprit de l’album au point qu’à lui seul ce titre est la matérialisation de la notion de paix chère à notre cœur. Le résultat qu’il a enregistré à Tel Aviv est encore plus beau que ce que nous souhaitions. Le titre commence d’ailleurs avec de l’Hebreux puis un appel à la prière musulman. C’est un fantastique cadeau fait à la « Paix ».

- En parlant d’Orphaned Land, vous avez effectué une tournée en 2010 en leur compagnie dans le cadre du « Tour Against Racism». Comment cela s’est-il passé ? Avez-vous des moments forts à partager?


La tournée s’est très bien déroulée. Orphaned Land est un groupe extra-ordinaire, tant sur le plan musical qu’humain. Etant d’horizons complètements différents, nous avons passé du temps à discuter pour mieux nous connaître, et en apprendre un peu plus sur nos cultures respectives pour très vite se rendre compte que nous ne sommes pas si différents que ça. De ces instants à germer l’idée d’inviter Kobi Farhi (chanteur d'Orphaned Land) pour chanter sur un de nos titre (Deus Vult), ce qu’il accepta avec beaucoup d’enthousiasme. Je ne vous cache pas que notre collaboration ne s’arrêtera pas en si bon chemin !

- Vous venez de jouer dernièrement sur la mythique scène du Bataclan pour l’ouverture de Paradise Lost le 03 Avril 2011. Comment s’est déroulé le concert de votre point de vue ?

Cette date était particulière à tout point de vue. C’était tout d'abord notre première représentation depuis la sortie de Salam. Il était très important pour nous de défendre au maximum cet album sur scène. Nous avions donc quelques appréhensions qui se sont vite dissipées à la vue de l’accueil du public.
Pour Florent c’était une première à la guitare en remplacement d'Abder et il s’en est sorti comme un chef.
Que dire aussi du fait de jouer dans une salle mythique comme le Bataclan qui a affiché complet pour cette date. Ce fût tout simplement  exceptionnel. Qui plus est, en première partie d’un groupe de légende. Je me souviens du moment où est sortie Draconian Times : c'était un véritable bouleversement dans le monde du Metal. Alors, jouer avec Paradise Lost au Bataclan fût un réel plaisir.

- Le 28 mai 2011 a été une nouvelle fois l’occasion de vous voir sur scène avec Acyl et Sideblast à la Maroquinerie de Paris. Comment avez-vous appréhendé cette date ?

Jouer à Paris est toujours un vrai bonheur. Cette date été particulière puisque ce fut notre première tête d'affiche parisienne après la sortie de Salam. Cette soirée a été un réel succès tant par les performances des groupes qui nous ont joins sur l'affiche (ACYL et SIDEBLAST) que par l'enthousiaste du public qui a répondu présent en grand nombre.
Ce fût une excellente date. A réitérer d'urgence!

- Il m’a aussi semblé voir votre présence à l'affiche du Motocultor festival cette année. Comment préparez-vous l’évènement ?

Effectivement nous sommes à l’affiche du Motocultor cette année. Nous attendons avec impatience cette date car ce festival prend de l’ampleur d’année en année. Pour preuve, Hatebreed et Marduk feront partis de la programmation de cet été.
L’ambiance des festivals est très différente de celle des concerts. Chaque festival a ses particularités et y participer est toujours un moment intense.

- Quel regard portez-vous sur la scène extrême actuelle ? Quels groupes écoutez-vous ?

Je parlerai surtout de la scène Metal française qui a souffert pendant longtemps d'une mauvaise image à l'étranger. Heureusement, les choses sont progressivement en train de changer. Je pense que nous avons de très bons groupes en France dont le niveau technique n'a rien à envier à des groupes scandinaves ou américains. Des formations comme Gojira ou Dagoba sont en train de redorer l'image du Metal français à l'étranger; à nous maintenant de prendre le relais.
En ce qui concerne nos goûts musicaux, chaque membre du groupe a ses préférences : ça va de Oum Kelthoum à Nevermore ! Personnellement, tu trouveras de tout dans mon baladeur, tout dépend de l’état d’esprit dans lequel je suis.

- Comment voyez-vous le futur proche ou lointain du groupe?

Maintenant que « Salam » est dans les bacs, nos ambitions actuelles se résument principalement à une chose : tourner un maximum et rencontrer notre public partout dans le monde.
Nous préparons une tournée européenne prévue pour la fin de l'année, en plus de la tournée française avec Arch Enemy au mois de décembre.
ARKAN existe depuis 2005. Durant ces 6 années riches en souvenirs, nous avons eu l'occasion de rencontrer des gens formidables. Nous espérons et nous faisons tout pour que cette aventure continue le plus longtemps possible.

- Pour finir, je vous remercie de consacrer aux acteurs de l’ombre et à moi-même un bout de votre temps et je vous laisse l’honneur du dernier mot…

Merci pour cette interview. Pour plus de détails sur nos prochaines dates et tournées, vous pouvez visiter notre site officiel à www.arkan.fr notre page MySpace  (www.myspace.com/ArkanBand) et notre page Facebook.
Salutations à tous vos lecteurs et à très bientôt.

 
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