Les acteurs de l'ombre

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Orakle (Clevdh, Achernar)

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1. Vous écrivez totalement en français tous vos textes depuis votre première démo Neath The Rapture…. Comment accolez-vous textes et musique ?
Achernar : Il se trouve qu’avec le chant en français je ressens les choses beaucoup plus profondément, par rapport à l’époque où je chantais en anglais. Tout prend plus de sens à mes yeux. Même si une voix criée évoque déjà des choses en elle-même, au-delà des mots.
Clevdh : L’anglais n’est vraiment pas mon fort donc j’ai été content d’écrire en français, ça m'a permis de m’investir davantage dans Orakle. Ecrire en français puis traduire en anglais peut s’avérer dangereux pour le contenu des textes. Désormais, c’est très variable en fonction des morceaux : soit on a le texte d’abord et on essaye de coller un maximum à son esprit, soit le morceau définit une espèce de thématique sur laquelle on écrit. Le texte se crée toujours en corrélation avec la partie purement musicale, ou bien détermine l’allure du morceau. Parfois, ça se fait en même temps, parfois le texte détermine un peu plus la structure du morceau, il n’y a pas de processus type.


2. Comment considères-tu ton instrument (un outil musical, un moyen d’expression, autre…) ?
Achernar : La basse, plus comme un outil musical. On nous a souvent fait remarquer qu’elle ressortait beaucoup sur le Mcd, elle apporte une assise à la musique. Selon moi c’est un instrument que tu entends mais que tu ressens aussi beaucoup intérieurement. Les sonorités graves de cet instrument ont un côté très physique, charnel, certaines fréquences étant perçues au-delà de la seule ouïe. C’est un instrument intéressant dans le black qui pour moi a toute une dimension liée au corps. Trop souvent elle est noyée, certains bassistes jouant sur leur instrument comme sur une gratte ; je recherche un côté mélodique à la basse, un réel apport à l’ensemble. Bref je l’aime.

3. Que représente le titre Uni Aux Cimes qui semble beaucoup compter pour toi ?
Achernar : « Uni au Cimes » est un titre vraiment agressif, un déversement de mépris au niveau des textes, une sorte de volonté d’unité avec tous les aspects les plus hauts de la nature, ainsi qu’un parallèle avec tous les aspects inviolés de l’être humain. Un défi lancé à toute personne qui n’est pas capable de reconnaître cette intégration. Par contre, je ne peux jamais parler d’exutoire quant à mon investissement dans la musique ; non, je parle vraiment d’expression, car dans l’exutoire il y a une idée négative d’évacuation. Pour moi il s’agit d’exprimer quelque chose de fort qui me caractérise, pas de le chasser. Et effectivement, c’est un titre que j’ai voulu écrire depuis longtemps. « Uni au cimes », c’est une perspective de la hauteur, mais c’est aussi le chemin, les sentiers qu’il faut gravir pour arriver tout en haut. Ils peuvent symboliser une certaine compréhension de la nature et des êtres qui la peuplent, des conditions de survie qu’elle implique pour l’homme. C’est une agression mêlée d’une réflexion envers ceux qui méprisent leur source et qui en viennent presque à s’injecter le poison, méprisant ce qui les fait vivre.

4. Qu’as-tu le sentiment de donner au public lors des concerts, comment les vis-tu toi-même… une transcendance ?
Clevdh : Je vois ma démarche comme quelque chose d’avant tout très personnel, mais j’apprécie beaucoup que les personnes réagissent. Un sentiment dionysiaque de dépassement peut être perçu à certains moments, bien qu’il m’arrive de le retrouver seul quand je travaille la batterie ; ce sentiment de facilité, de force qui te dépasse, un goût de la puissance. Je ne sais pas trop si j’ai l’impression d’apporter quelque chose aux gens… Cela dit quand des personnes réagissent à notre musique, ça peut effectivement aider à une certaine transcendance, un sentiment de transe. D’autant que je connais le plaisir que cela peut apporter en tant qu’amateur de musique. Mais quoi qu’il en soit, ce que je ressens reste très personnel.

5. Clevdh, toi qui a mené brillamment une maîtrise de philosophie sur Nietzsche, comment vois-tu toutes les reprises fallacieuses du philologue dans le black metal ?
Clevdh : Les Satanistes devraient comprendre que Nietzsche n’est pas pour une théorie darwinienne de la vie. Au contraire la logique fait que justement le faible s’impose, et c’est à ses yeux le fort qu’il faut protéger ; c’est lui qu’il faut protéger car c’est cette espèce qui assurera le plus convenablement l’avenir! A l’opposé se trouve le christianisme, une victoire de la Volonté de Puissance des faibles. Il affirme à ce titre que « dans la vie ceux qui persistent sont les petit microbes - toutes les bêtes un peu plus évoluées périssent ». C’est donc une erreur de prétendre que les forts s’imposent naturellement. D’où effectivement un certain mépris pour des groupes de Black qui utilisent le philosophe sans comprendre la nuance et la base même de son propos. Ce que demande Nietzsche c’est au contraire un lecteur patient, attentif, un bon philologue… Même si dans ce terme il n’englobait pas la philologie allemande de son époque, qui consistait à accumuler les livres, enfermé. Pour lui, l’essentiel est le déchiffrage minutieux du texte en évitant autant que possible la falsification – car s’il reproche quelque chose aux chrétiens c’est justement cette falsification de la bible. S’il y a donc un défaut que l’on peut mettre sur le dos des black métalleux, c’est bien de prendre un livre de Nietzsche et de le lire sans garder à l’esprit qu’il écrit d’une manière complexe, nécessitant une grande rigueur, une grande assiduité. Assurément, Nietzsche ne se retrouverait pas le moins du monde dans la figure des Satanistes d’aujourd’hui ! On retrouve d’ailleurs dans la préface d’Ecce Homo un pressentiment : il dit « Malheur à moi qui suis nuance », avant de souhaiter le malheur à tous ceux qui ne verront pas cette nuance dans ses propos ; malheur à ceux qui vont lire l’Antéchrist et ne retenir que son titre, le mettant à leur profit sans comprendre ce qu’il contient…

6. Ressens-tu la Volonté de Puissance dans ta musique ?
Clevdh : Oui je la ressens totalement dans la musique. La Volonté de Puissance est d’ailleurs présente en toute chose, elle est aussi perceptible dans le déplacement d’une faille sismique, et même dans le christianisme et les puissances les plus décadentes... La Volonté de Puissance est la base de la philosophie de Nietzsche. C’est ce qu’il recherche dans toute la première partie de son oeuvre jusqu’au Gai savoir et c’est ce qu’il met en place dans Par delà le bien et le mal paragraphe 36 : « La vie est volonté de puissance ». Personnellement je considère que la Volonté de puissance est une théorie qui était déjà en place chez Schopenhauer avec le Vouloir Vivre que Nietzsche a repris sous une autre forme.

7. Comment as-tu appréhendé le black metal quand tu l’as découvert ?
Clevdh : Ca correspond à l’adolescence, période où tu cherches à te découvrir, à te tester. Quand j’ai écouté pour la première fois « In The Nightside Eclipse » d’Emperor, je me rappelle d’un sentiment de nouveauté, une impression de toucher de manière idéaliste un brin de vérité ; je me suis dit qu’il y avait là quelque chose qui surpassait l’actualité, la banalité. Ce coté délié de la réalité, hors de tout ce que peut véhiculer la vie quotidienne… ce côté presque inhumain… ou « très » humain, surhumain. J’avais l’impression que c’était un peu intemporel, qu’on touchait quelque chose d’authentique et perpétuel.

 

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