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Voir la version complète : Pro pain + L'esprit du clan + Anonymous + Demia - Le 02/10/2007


gozmul
27/10/2007, 23h05
http://www.lesacteursdelombre.com/Ombres/festival/detail.asp?rbConcert=1&rnNumero=233

Introduction
La dernière fois que j’avais vu Pro pain, c’était lors de leur passage éclair dans la capitale où ils étaient venus se greffer à l’affiche du No mercy exprès pour la date parisienne. Autant dire que malgré la différence des styles pratiqués ce soir là et en dépit d’un temps de jeu relativement court, les new-yorkais avaient mis tout le monde d’accord en grillant puissamment la politesse au reste des groupes, qui n’ont pas du trop comprendre ce qui leur arrivait. Un bien beau cadeau que nous avaient fait là Meskil et les siens en venant spécialement sur Paris pour l’occasion, et il convenait de leur rendre la pareille en répondant présent ce soir à la faveur de cette soirée qui revêtait un caractère bien particulier, puisque célébrant les 15 ans de carrière de ces vétérans de la scène hardcore.

Une date anniversaire que les fans sont venu fêter en nombre, cela va sans dire, même si la loco avait encore suffisamment de place pour accueillir d’autres souffleurs de bougie.
Par contre, il ne fallait pas surtout pas se tromper, parce que même si les gros nounours du service d’ordre s’étaient mis sur leur trente et un en troquant leur bomber rouge habituel pour une panoplie costume cravate qui leur allait au moins autant qu’un tutu à un éléphant, ce n’était pas en hommage aux quinze ans de Pro pain, mais en raison d’une autre fête qui se tenait en même temps dans la petite loco.

Du coup, l’entrée principale était dévolue à une file d’attente parallèle délimitée par un cordon de démarcation qui faisait résolument carré VIP, voire même ligne de sécurité, puisque on avait un peu l’impression que le public de Pro pain était introduit en catimini par les videurs pour ne pas effrayer le reste de la clientèle. Une clientèle déjà plus sélect et composée à majeure partie de petits minots sapé bon chic bon genre et de jeunes fashionista à paillettes regardant un peu notre arrivée de l’œil du badaud en promenade au zoo qui viendrait juste de tomber nez à nez avec un troupeau de bêtes curieuses.

Business is business comme on dit du côté de la perfide Albion, et même si ce n’est pas la première fois que la propriétaire des lieux, en femme d’affaire avisée, est amenée à gérer deux évènements qui n’ont à priori rien à voir entre eux, il est toujours amusant de voir deux univers culturels s’entrechoquer de la sorte. Un peu comme lors de la release party organisée pour By the cross dans la petite loco il y a deux ans, où deux clubbeuses égarées avaient fini par quitter le dance hall de l’étage supérieur pour se perdre à l’improviste dans la fosse du concert de Zuul FX, où elles avaient « trippé à mort en écoutant de la musique de fou » , dixit les demoiselles en question.

Demia (Hardcore à consonance métallique)
Un Zuul FX qui d’ailleurs n’a pas pu prendre part aux festivités de ce soir en tant que groupe, mais dont les membres sont venus quand même faire la fête avec le reste du public. A défaut de nos metal’n’rollers parisiens, on aura donc droit aux néerlandais de Demia, totalement inconnus à mon bataillon, mais qui ne devraient pas tarder à imposer la Hollande comme l’autre pays du hardcore tant leur prestation de ce soir va s’avérer convaincante.

Un sobre back drop couleur kaki à l’effigie de leur album est suspendu à l’arrière d’une scène sur laquelle ils débarquent à grand bruit, avec des premiers accords tout en puissance qui laisse augurer d’un set placé sous le haut patronage de la créatine. D’abord relativement statiques, les membres du groupes vont très vite se laisser gagner par l’euphorie ambulatoire du sosie de Kerry King leur servant de bassiste, qui, quand il n’est pas en train de mettre la fosse en joue en tenant sa basse customisée aux armoiries crâniennes du Punisher comme une mitraillette, essaye de se faire naturaliser australien en jouant les kangourous.

Exception faite du batteur immanquablement vissé à son siège, le reste des musiciens est donc lui aussi vite monté sur ressort, et quand ils ne sont pas en train de faire du trampoline en cadence nos amis hollandais nous gratifient de quelques unes de ces chorégraphies dont seuls les coreux ont le secret. Demia assure le spectacle sur le plan visuel mais est loin d’être en reste niveau sonore, avec des compos qui ne doivent pas tant leur impact à une sono sous stéroïdes qu’à des structures particulièrement efficaces qui dénotent un travail d’écriture plus soignée que la moyenne des groupes de hardcore à consonance métallique.

Outre les inévitables pointes de vitesse et autres mid tempos parfaits pour se briser la nuque, le quintet ménage des plages de tension très réussies, où le maître des fûts qui a le blast parcimonieux mais appuyé, montre qu’entre deux roulements de batterie cataclysmiques il est parfaitement capable d’utiliser ses baguettes avec délicatesse pour faire monter la pression crescendo. Le groove doit beaucoup à Kerry King bis et certaines de ses lignes de basse très funky, comme l’intro du licencieux « Sweet salvation », dont le chanteur nous avouera avec un sourire lubrique que ce titre est une image pour désigner la bagatelle.

Certes, niveau originalité y a pas non plus de quoi en faire un fromage, mais cette grosse tranche de hardcore métalliquement affiné à l’hollandaise se laisse quand même déguster goulûment, et si le groupe ne déchaîne pas les passions dans la fosse au-delà des limites du raisonnable, c’est seulement parce qu’il ne s’appelle pas Hatebreed, Agnostic front ou encore Sick of it all. Parfois la musique c’est comme les marques, même si la qualité ne suit pas on suivra toujours le nom qui va avec du moment qu’il est connu. Il ne reste plus à Demia qu’à se faire un nom et le reste suivra donc…

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Anonymus (Thrash old school)
On change de registre avec Anonymus qui joue, euh, de l’émo? Enfin moi je dis ça, c’est parce que je vois trois types en train de faire leur balance sur scène qui, bermudas et chemisettes griffés à l’unisson, ressemblent méchamment à un trio de skateurs. Et les skateurs écoutent tous de l’émo, c’est bien connu (oui, moi aussi j’aime les clichés !). Mais en même temps ils m’ont l’air un peu vieux pour jouer de cette musique qui fait le bonheur de nubiles acnéiques montés sur planches à roulettes, et puis surtout les quelques accords soutirés à leurs instruments sonnent plus comme du Slayer que comme du Dashboard confessional.

Appelons ça le destin, mais leur chanteur/guitariste ressemblant quand même vachement à Rob Flynn (avec les cheveux plus longs et l’air plus jovial) sans doute était-il écrit que ces natifs de Montréal seraient appelés à jouer du thrash. Un thrash vintage qui nous ramène une bonne vingtaine d’années en arrière, riffé sans sommation avec une efficacité qui fait plaisir à entendre. Ce qu’on entend d’ailleurs n’est pas sans rappeler furieusement tout ce que les vieux routards de la scène thrash ont pu proposer dans les années 80, mais avec une technique et un son remis au goût du jour.

Par contre, votre serviteur regrette que le sosie de Robb Flynn ne partage pas aussi de similitudes vocales avec son illustre modèle, parce que si les vocalises les plus agressives passent très bien, les errements power metal en chant clair modéré qu’il se permet par moment ont un peu tendance à mettre mon seuil de tolérance auditive à rude épreuve. Surtout que sur certains passages, le gaillard chante très couillardement (non ce mot n’existe pas, je confirme, je viens juste de l’inventer) en français, et si l’on évite l’accent québécois, y a quand même un petit côté Sortilège en plus thrashouillard qui fait frôler le kitchounet de peu.

Instrumentalement par contre les musiciens évitent l’écueil du ringardisme haut la main, avec des compos old school mais pas datées le moins du monde, et si les interventions du frontman entre les morceaux prêtent inévitablement à rire lorsqu’il s’adresse au public, accent québécois oblige, la section rythmique elle est tout ce qui y a de plus sérieuse, ponctuée de soli calibrés au plus juste pour éviter ce petit surplus mélodique qui fait toute la différence entre l’incisif et le démonstratif.

En parlant de rire, ce ne seront pas les occasions qui manqueront. Notre clone de Robbie (pas Williams, l’autre !) étant d’un volubile et d’une amabilité exemplaire, il n’hésitera pas à faire un brin de causette avec humour dès que la situation le lui permettra. C’es ainsi qu’il nous mettra dans le secret des contumélies de son pays, nous expliquant les origines du juron « tabernacle », sur lequel il nous invitera à blasphémer gaiement avant d‘annoncer le morceau « Fonce ou crève » qui sera prétexte à quelques pogos sympathiques pour les plus motivés d’entre nous.

Mais le plus drôle reste encore le moment où l’un des guitaristes devant s’éclipser pour rafistoler une guitare défectueuse, le chanteur se retrouve à meubler piteusement le vide laissé par ce hiatus scénique impromptu qui casse quelque peu le rythme instauré avec ardeur jusqu’alors. Ne sachant plus trop que dire au bout de quelques instants, le voila qui après nous avoir avoué son impotence dialectique se met à tailler gentiment ses camarades de L’esprit du clan, en nous révélant la cuisante défaite éthylique que ceux-ci avaient essuyé en essayant de défier les pochetrons du Québec durant le temps passé ensemble à se mettre la tête à l’envers en tournée.

Mention spéciale au tonitruant morceau « Teremeto » qui suivra cette anecdote une fois le guitariste manquant de retour, non sans que le chanteur n’ait essayé de nous expliquer brièvement juste avant que si le titre était en espagnol, c’était parce qu’en plus d’être québécois il était aussi espagnol, mais que ce serait trop long si il devait nous raconter toute l’histoire, histoire qu’il reviendra terminer une prochaine fois, ajoutera t’il pour finir avant de repartir sur le sentier du riff. Ma foi c’est tout le mal qu’on lui souhaite qu’il revienne nous raconter sa vie, en québécois ou en espagnol, mais à la guitare et sur fond de thrash tabernaclesque bien sûr !

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L'esprit du clan (Hardcore)
Demia comme Anonymus sont loin d’avoir fait de la figuration, et peuvent se targuer d’avoir chauffé une salle qui sans être à blanc n’en demeure pas moins sur des charbons ardents pour accueillir les membres de l’esprit du clan, qui n’ont plus qu’à venir souffler sur les braises pour mettre le feu à une fosse qui ne demande qu’à s’embraser au son d’un premier titre incendiaire. D’un stoïcisme ignifuge, votre serviteur tout à la rigueur de son analyse des faits ne peut s’empêcher de remarquer que l’un des deux vocalistes ressemble furieusement à Christian Karembeu, et que décidemment entre Kerry King et Rob Flynn, c’est la soirée des sosies.

La mobilisation est nettement plus massive que pour les groupes d’ouverture, dans le pit Adriana n’est pas là et c’est plutôt la valse des brutes épaisses et autres durs à cuire qui roulent des mécaniques en exhibant tous les signes extérieurs de virilité possibles. On y vient pour prendre des coups mais aussi des conseils, alors que les gros bras au grand cœur nous prodiguent quelques encouragements entre deux riffs dans la gueule sur « Phoenix », hymne à la persévérance sur lequel Arsène exhorte tous ceux qui galèrent à ne rien lâcher, nous rappelant par la même que la musique du groupe a beau être très sombre et ses thèmes souvent pessimistes, elle n’en est pas moins porteuse d’espoir, et surtout que L’esprit du clan n’est pas là pour divertir mais pour éveiller les consciences.

A défaut de s’éveiller, on s’active consciencieusement dans la fosse et la température monte encore d’un cran alors que le groupe précipite une fosse en ébullition « Dans la fournaise », qui pour le coup n’aura jamais aussi bien porté son nom. Rien à voir par contre avec « Le calme et le silence » qui aurait du être rebaptisé « Le bruit et la fureur » vu l’ambiance, qui va tourner à la rébellion alors que « Le temps assassine » sous la férule vocale d’Arsène qui en profite pour mettre l’auditoire à mort avec quelques questions meurtrières sur le pouvoir en place dans l’hexagone et son dernier représentant suprême en date.

On ne saura jamais si ces petites piques politisées ont été à l’origine de l’échauffourée qui surviendra un peu plus tard dans la fosse, à l’occasion de laquelle deux énergumènes visiblement en désaccord sur un point dont l’origine dépasse l’entendement de l’auditoire, s’entreprennent vivement alors que quelques âmes de bonne volonté essayent tant bien que mal de les séparer. Ce qui est sûr, c’est qu’on est pas à un concert de Kickback, où Stephen aurait tout fait pour mettre de l’huile sur le feu, contrairement aux deux chanteurs de L’esprit du clan qui eux essayent plutôt d’apaiser les tensions, n’hésitant pas au plus fort de la rixe à intervenir depuis la scène pour enjoindre les deux belligérants à calmer leurs ardeurs.

Incident somme toute mineur, qui n’aura pas porté atteinte plus que de raison à la bonne marche d’un concert qui s’est déroulé sans autre encombre, confirmant l’assurance du posse parisien en live qui est sur les planches de la loco comme chez lui, et a fait de la scène son terrain de jeu privilégié. Un posse qui nous offrira d’ailleurs un rappel bien généreux alors qu’Arsène s’adresse à nous l’air ravi en déclarant : »Vous êtes de sacrés enfoirés salopards, tellement bons qu’on va vous en faire deux » ! Les deux en question étant le narcotique « Opium » et idéalement bien sûr « Reverence », sur laquelle les petits gars de Saint denis se retireront pour laisser la place aux héros du jour.

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Pro pain (Hardcore)
Des héros qui ont le triomphe modeste, à l’image d’une prestation qu’on aurait imaginé plus haute en couleurs vu les circonstances festivement triomphantes, mais dont la tonalité globale sera d’une austérité monochromatique. Entendre par là que ceux qui s’attendaient à voir nos loustics sortir d’un gâteau sous les cotillons et autres farces attrapes vont être déçus. Date anniversaire ou pas, Pro pain va tout bonnement faire du Pro pain, ce qui n’est déjà pas si mal, puisque garantissant un set de qualité.

Meskil et sa bande de gros bras vont donc se contenter de passer rigoureusement l’auditoire à tabac en enchaînant les titres comme d’autres enchaînent les pains dans la gueule. A ceci près que nos durs à cuire sont du genre à glisser un fer à cheval dans leurs gants avant de taper, et les titres en question ne sont que des poids lourds de la discographie, chacun d’entre eux suffisant amplement à mettre l’auditeur KO direct.

D’ailleurs on est vite KO, déjà parce que Pro pain ça calme et puis c’est tout, mais aussi et surtout parce qu’à moins d’être un fan absolu qui tendrait les deux joues en avant jusqu’à temps qu’elles deviennent pivoine, au bout d’un moment on a un peu la tête qui tourne, comme après en avoir pris un peu trop dans la caboche à la fin d’un match de boxe. Et vu que nos tough guys new-yorkais ont le droit de jouer plus longtemps ce soir comme c’est leur anniversaire, la fête va s’éterniser bien entendu, avec presque autant de morceaux à jouer que de bougie à souffler, c’est dire.

Ce qui n’est vraisemblablement pas rédhibitoire en soi, dans la mesure où toutes les victimes invitées en cette occasion sont consentantes et tendent les deux joues avec le sourire. Les plus souriantes étant encore les membres de Zuul FX qui viennent pousser la chansonnette par intermittences sur scène, histoire de se faire plaisir sur quelques refrains à défaut d’avoir pu nous faire plaisir en assurant la première partie.

Après les new-yorkais sont passés maîtres dans l’art de sonner les cloches, ce n’est un secret pour personne, mais le seul problème c’est qu’à force de trop les sonner justement, au bout d’un moment on entend toujours un peu la même musique, et l’envie de jeter l’éponge vient plus vite que prévu. L’éternel du problème du hardcore, musique de l’urgence par excellence, et qui s’essouffle très vite sur la longueur…

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Conclusion
Un anniversaire ma foi fort sympathique à fêter, mais dont les seuls vrais surprises auront été les sets de Demia et de Anonymus, Pro pain ayant tenu son rang sans chercher à se remettre trop en question. Peut-être étions nous du mauvais côté de la barrière pour faire la faire la fête ? En tout cas, un grand merci à Enrage prod pour les accreds et l’accueil tout sourire au guichet.

Report by BHC
Pix by Gozmul.

Jerem_
28/10/2007, 04h17
Chouette report!
Pour l'anecdote, et ceux que ça intéresse, la deuxième soirée ce soir était pour l'anniversaire des 10 ans de la Fnac St Lazare.Comment je le sais? Ben je bosse à la Fnac St Lazare, en BD. Moi les soirées anniversaires comme ça, j'en ai rien à carrer seulement ma copine, qui bosse aussi à la Fnac, insiste pour que je vienne. D'une galanterie surannée, je réponds positivement à sa requête. A l'entrée de la Loco, vers 22h30 (la ponctualité n'est pas mon fort...), belle surprise, oh putaing, un concert Metal en même temps que les 10 ans de mon taf!
Un choix vite fait et me voici dans la fosse pour L'esprit du clan et surtout pour Pro Pain où, avec quelques collègues/potes bien éméchés, nous participerons gaiement au pogo général avec 2 petits slams pour moi, devant le regard médusé de ma moitié, qui assiste là, et par intermittence à son premier concert de Metal. Une côte fêlée plus tard (c'est pas tout ça mais on vieillit mon bon monsieur...), je repars ravi de cette fête d'anniversaire qui m'aura surtout offert un bien chouette concert surprise et mon dépucelage de Pro pain live!
Une bonne soirée, assurément!
A +

Jérémy