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Voir la version complète : Behemoth + Suicide silence + Devilish impressions - Le 17/02/08 à La Loco


gozmul
11/03/2008, 23h12
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Introduction
Le hasard du calendrier ne faisant malheureusement pas toujours bien les choses en matière de concerts metal, la concurrence est rude en ce dimanche pour qui voudrait rivaliser face à une valeur sûre de la scène metal telle que Behemoth, et à voir le nombre de personnes se pressant à l’entrée pour l’occasion, la venue du monstre polonais semble être effectivement plus au centre des préoccupations métalliques des amateurs d’extrême que celles d’autres manifestations plus modestes se déroulant le même jour et qui en subissent malheureusement les conséquences.
Curieux quand on sait qu’à son dernier passage en tête d’affiche, il y a quelques années avec Ragnarok et Incantation, la formation polonaise avait tout juste rempli la petite loco. Sa notoriété allant grandissante, il est certes logique qu’il en soit de même pour son public, mais un petit quelque chose me dit que la captation vidéo prévue ce soir et sciemment annoncée à grands coups de trompettes promotionnelles n’est sûrement pas étrangère à ce regain d’affluence bienheureux.
La perspective de pouvoir figurer sur le DVD qui sera enregistré ce soir est à n’en pas douter un argument de poids, non seulement pour le fan lambda du groupe, trop heureux de garder un souvenir plus personnel du passage de ses idoles, mais encore pour le métalleux de base qui comme chacun sait est un gros poseur, pour lequel toute occasion susceptible de lui permettre d’exhiber sa belle crinière et son beau tee-shirt à l’imagerie bien voyante est toujours bonne à prendre.


Devilish impressions (Black plus ou moins symphonique)
Avant de savoir s’il y a lieu de se réjouir et de se dire que plus tard on pourra déclarer « j’y étais », en montrant fièrement le fameux DVD du show à ses potos chevelu qui n’auront pas eu l’insigne plaisir de faire tapisserie en cette occasion, il faudra prendre son mal en patience avec les deux premières parties prévues au programme, à commencer par un Devilish impressions qui pour exister depuis plus de 8 ans déjà n’a pas vraiment l’air d’être très connu dans nos contrées pour autant, à en juger par la curiosité de la majeure partie des spectateurs à leur égard.

Dos au public dans un premier temps, les compatriotes de Behemoth se tiennent immobiles pendant qu’une intro samplée fait monter progressivement la pression, puis quand celle-ci prend fin ils entament enfin le premier morceau en se retournant alors dans un bel élan de synchronie chorégraphique, Quazarre en tête, le frontman nous gratifiant d’ailleurs avec prestance d’un demi-tour époustouflant de dextérité capillaire, et faisant virevolter sa longue crinière comme si il passait le casting d’une pub pour shampoing.

Après, difficile de savoir si c’est pour du Head and shoulders, du L’oreal, ou du Garnier, c’est comme la musique on se demande un peu sur quel cheveu headbanger. Même si le chanteur/guitariste a des faux airs de Nergal en plus jeune, Devilish impressions ne sonne pas vraiment comme ses glorieux aînés, et malgré quelques claviers qui me rappellent le Grief of emerald de « Scum of the earth », ce qui voudrait passer pour du black/death plus ou moins symphonique ambiancé avec darkitude comprend trop de passages éloignés de ce registre pour que la filiation soit exclusive.

D’accord, il y a une jolie tête de mort en paille vintage enroulée autour du pied de micro, d’accord les musiciens sont maquillés comme des cercueils volés, d’accord il y a une jolie claviériste très décorative mais qui ne fait pas que jouer les plantes vertes derrière son instrument, d’accord ils ont claqué leur budget sape en toute connaissance de cause vestimentaire et ont vraiment l’air de black metalleux, mais sur certains passages t’as quand même la légère « impression » d’entendre des plans qu’on pourrait facilement replacer dans un morceau de metalcore ou de thrash/death mélodique, avec ces petits tressautements rythmiques tout en soubresauts syncopés, très à la mode ces derniers temps dans ces genres là, et qui donnent ici une dynamique plaisante par moments.

C’est de fait ces passages les mieux cadencés sur lesquels on se laisse cervicalement aller, et la pression retombe légèrement quand le groupe ralentit le tempo, voire même complètement lorsque le chanteur/guitariste joue les apprentis Yngwie Malmsteem l’espace d’un interlude guitare héro sur fond de clavier, préliminaire à l’entame du titre « T.H.O.R.N.S » , dont il décrétera que son interprétation avait été spécialement prévue pour que la France se souvienne durablement de Devilish impressions.

Ouais, pas sûr que ça marche. Déjà, parce que ce morceau là ou un autre, ça n’aurait pas fait grande différence, vu qu’au bout d’un moment la plupart des compos finissent par se ressembler un peu, et puis surtout, pour se faire remarquer en concert black metal maintenant, à part brûler des rats crevés avec de l’encens, ça devient difficile ma bonne dame.

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Suicide silence (Death/grind/hardcore)
Les américains de Suicide silence eux n’immolent pas de rongeurs parfumés pour embaumer l’atmosphère, mais ne sont pas pour autant en odeur de sainteté, ne serait-ce que par leur simple présence sur cette tournée. En effet, hors contexte musicalement parlant, leur combinaison méchamment porcine de death et de grind passés à la moulinette hardcore n’aura aucun mal à se faire remarquer puisque elle ne semble pas faire l’unanimité auprès de la frange la plus réactionnaire de la foule, visiblement rétive à l’idée d’écouter de la musique sans bontempi et sans musiciens déguisés en clowns.

Les canettes fusent et les noms d’oiseaux avec, mais à ces basses objurgations de détracteurs dont l’indigence neuronale mérite d’être soulignée, les parias de la soirée vont opposer une rhétorique de boucherie taillant purement et simplement l’accusation en pièce, avec ce qu’il ne serait pas usurpé d’appeler une véritable tuerie. Tatoué comme un chef de gang et gaulé comme une mante religieuse, le chanteur cannibalise l’attention comme la veuve insectoïde dévore ses amants, orchestrant magistralement le bal des maudits sur fond de symphonies gutturales qui vous prennent aux tripes, alors que toutes les ceintures métalliquement noires de service répondent présente à l’appel pour aller à danser dans la fosse.

Les katas du dimanche s’enchaînent, les titres aussi, inexorables, armés d’un son monstrueux et tous plus destructeurs les uns que les autres, tandis que cette même fosse s’élargit pour faire place à des extravagances articulaires toujours plus nombreuses auxquelles se livrent des fans en transe, et dont le nombre réduit n’entame nullement la ferveur exponentielle. C’est que, mine de rien, Suicide silence est en train de créer l’évènement dans l’évènement, et si l’on sait que les stars de soirée sont juste après eux, on aurait pourtant presque peur que Behemoth se fasse voler la vedette par avance par ces challengers qu’on attendait pas.

Ce coup d’état scénique qui a tout du coup de maître est appelé de toutes façons à rester dans l’histoire, puisque la conjoncture logistique aidant, la formation américaine a vraisemblablement décidé de mettre à profit l’équipe technique présente ce soir pour enregistrer aussi son concert dans la foulée. Une opportunité expliquant sans doute le décorum à l’effigie de leur album « The cleansing » qui orne ostensiblement chaque côté de la scène, histoire de montrer qu’ils ont les ambitions, mais aussi les moyens de nous en mettre plein la vue.

Et c’est d’ailleurs ce qui se passe, bon gré mal gré on s’en prend carrément plein la tronche, l’application méthodique avec laquelle nos bouchers de service semblent décidés à réduire l’auditoire en bouillie ne souffrant aucune critique. Car qu’on aime ou qu’on n’aime pas, il faut vraiment être d’une mauvaise foi à nul autre pareil pour ne pas reconnaître que le groupe maître parfaitement son sujet, aussi hors de propos soit-il pour certains qui n’aiment le style pratiqué.

Si l’on excepte un léger manque d’originalité, il est clair que le seul tort de Suicide silence est de ne pas avoir été sur une affiche stylistiquement unilatérale, et il est vraiment dommage que la prestation époustouflante de puissance des américains, remontés comme c’est pas permis malgré l’adversité, ait pâtît de l’intolérance bovine d’intégristes neurodéficients, dont la place toute désignée était plus derrière un enclos à brouter de l’herbe que dans une salle de concert à pourrir l’ambiance.

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Behemoth (Black/death ésotérique)
Après un set aussi radical et intense, n’importe quel groupe aurait eu toutes les raisons du monde de s’inquiéter de devoir prendre la suite des opérations, mais voilà, Behemoth n’est pas n’importe quel groupe. Et aux termes de méticuleux réglages dont on mettra la longueur interminable sur le compte d’un perfectionnisme bien compréhensible vu les circonstances, les polonais viennent assurer la relève comme si de rien n’était.

Dominé par un gigantesque backdrop reprenant l’artwork de leur dernier opus « The apostasy », Inferno est le premier à prendre son poste pendant que retentissent les prémices caligulesques de l’introductif « Rome C64 » , et le batteur commence à chauffer un public déjà sur des charbons ardents que Nergal et Novy ont juste à attiser pour réduire la concurrence en cendres, n’ayant plus qu’à faire souffler les braises de l’incendiaire « Slaying the prophet ov Isa » pour mettre le feu aux poudre et dynamiter une fosse prête à exploser depuis le début.

Ultra lookés comme à l’accoutumée, nos deux séides de l’enfer et leur dress code à faire passer la garde robe d’Hellraiser pour de la sape monoprix occupent aussi bien l’espace visuel que sonore, s’emploient à faire monter la température en flèche et n’entendent pas la faire redescendre de sitôt. Aussi quand les premiers rangs réclament déjà l’emblématique « Antichristian phenomenon », vox populi vox dei, c’est sur un plateau brûlant qu’ils le lui servent pour garder l’indice de satisfaction du thermomètre scénique dans le rouge.

S’ensuit un Demi « fuckin’ » god dont l’interprétation impeccable est empreinte d’un détachement serein inversement proportionnel à l’effervescence bouillonnante régnant dans le pit, et qui surtout traduit déjà le léger décalage perceptible entre les deux côtés de la scène.

Car Nergal a beau scander avec force théâtralité « it’s time to return to the mighty pagan vastelands » pour annoncer justement un petit retour dans l’arrière de la discographie, son jeu d’acteur pour ainsi dire, n’a pas le naturel de son jeu de guitariste, et on sent clairement que tout ça est dans l’ordre d’orchestrations dont le millimétrage rigoureux va jusqu’à la communication avec l’assistance.

« Conquer all » qui vient juste après, n’échappe pas lui non plus à son inaltérable antienne introductive que les habitués ont déjà du entendre x fois, mais pour être parfaitement huilée sur le plan instrumentale, la machine polonaise n’en demeure pas moins un tantinet grippée sur le plan de l’interactivité. Et même si le tonitruant « Prometherion » la relance avec un certain dynamisme, ce n’est malheureusement pas le solo de batterie on ne peut plus inutile qu’interprétera Inferno ensuite qui va arranger les choses.

Tout cela est un peu mécanique, une mécanique de précision certes, mais quand le chanteur dédie « Slaves shall serve » à ses ennemis, on ne peut s’empêcher de sourire tant la déclaration manque de spontanéité, et pour un peu on l’imaginerait presque avoir appris ses petites annonces par cœur. Pas de fioritures dialectiques cependant sur « As above so below », qui verra juste le backdrop être enlevé de la scène, et « At the left hand ov god » ne souffrira lui que d’un de ces légers temps morts ponctuant l’entre deux titres.

En effet, le poids de l’enjeu pèse vraisemblablement sur la prestation, et les nombreuses sorties de scène visant soit à changer d’instrument soit à laisser un court répit aux musiciens cassent méchamment le rythme. Heureusement pour tous ceux qui s’ennuieraient un peu quelques divertissements sont prévus, comme Inferno jouant les pyromanes sur « Summoning (of the ancient ones )», ou Nergal qui sur « Christgrinding avenue » déchire une bible en insistant avec une touchante conviction sur le caractère hypocrite de l’ouvrage.

Prélude folklorique idéal à l’incontournable « Christians to the lions », intervention blasphématoire durant lequel notre jeune hérésiarque peinturluré en remettra une couche en nous demandant vigoureusement comme d’hab’ : « alors on les jette à qui les chrétiens, hein ? à qui ? ». Ah ben, je sais pas, moi. Au bûcher ? A l’eau ? Aux clous ? Aux emmaüs ? A la poubelle ? Au four ? Non, franchement, je vois pas.

Ceux qui n’auront pas trouvé la réponse auront tout le temps de continuer à se poser cette existentielle question pendant les titres suivant, « Sculpting the trone ov Seth » et « Decade of Therion », avant que le supersonique « Chants for Eschaton 2000 » ne vienne terminer le set sur la messianique note de fin habituelle, Nergal nous revenant sur scène durant le morceau affublé d’un joli masque à la Shaka zoulou du pauvre (celui figurant sur l’artwork de The apostasy, plus précisément.) pour cracher un peu de faux sang à la framboise entre deux lignes de chant.

Après cet intermède grand spectacle qui a du coûter bonbon en confiture bon marché, Nergal et les siens partent se faire désirer en coulisse pour l’inévitable rappel, et après que leurs groupies échevelées aient attrapé une quinte de toux à force de hurler « Behemoth » avec amour, le trio infernal se repointe pour interpréter une petite reprise bien diabolisée du « I got erection », des rockeurs décadents de Turbonegro, pour conclure plus sérieusement en mettant fin à la gaudriole avec le définitif « Pure evil & hate », parce que comme disait plus ou moins un grand philosophe suédois : « le metal c’est pas de la musique avec des petites fleurs !»

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Conclusion
Des fleurs que j’enverrais plutôt à Suicide silence pour ma part, vrai bonne surprise de la soirée, qui avec une prestation foutrement réjouissante aura fait passer la pilule d’un Behemoth égal à lui-même, c'est-à-dire parfait comme d’habitude, mais peut-être un peu trop justement, et quitte à commettre quelques erreurs on aurait aimé que nos trois compères oublient l’enjeu pour se lâcher un peu.
Il n’empêche, les fans ont l’air satisfaits, et DVD oblige, deux intervenants de l’équipe technique se tiennent à la sortie de la loco, immortalisant caméra à l’épaule les réactions post-concert des spectateurs alors qu’ils quittent l’enceinte des lieux. Les plus extravertis du lot y vont bien entendus de leur petites extravagances et c’est à celui qui se fera le plus remarquer pour avoir sa bobine sur vidéo.
Un goût de la comédie qui rejoint bien celui de Behemoth, dont la scénographie très black metal ne cadre plus vraiment avec le style de musique pratiqué par les polonais à l’heure actuelle, mais se veut aussi et surtout une extension visuelle du message intrinsèquement véhiculé par des textes dont la profondeur thématique doit très probablement échapper à bon nombre des auditeurs.
Visuellement certes, on peut s’interroger de prime abord sur la nécessité dans la forme pour Nergal de continuer inlassablement à jouer les poseurs maquillés et chaussés de pare-chocs cloutés en guise de bottes, affichant une image de satanisme grand guignolesque qui occulte le sérieux du propos premier.
Mais dans le fond, on ne peut qu’applaudir l’absolue ténacité avec laquelle le leader du groupe persiste bon an mal an à éduquer un auditoire majoritairement décérébré, en l’exposant à des références culturelles tout sauf anodine, mais dont la nature iconographique doit là encore paraître très sibylline au plus grand nombre.
Sûr que si vous avez trouvé que les deux serpents enlacés autour du pied de micro feraient joli dans votre salon, c’est votre droit, mais au-delà de l’esthétique ophidienne de la chose, il est des questions qu’il est toujours intéressant de se poser quant à la signification extra-décorative de cet élément. Mais bon c’est sûr, le lancer de canettes et les concours d’insultes, c’est moins fatiguant pour le cortex cérébral…

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